Extrait

Voici le premier chapitre des Ailes de la Nuit. Si celui-ci vous plait, téléchargez gratuitement l’intégralité du roman via le menu ci-dessus (format PDF, volume équivalent à un livre format papier de 350 pages).

Bonne lecture!

Chapitre 1 – La Malverde

«D’abord, je vous parlerai du sang. De la couleur du sang. De l’odeur du sang. Du goût du sang.»
C’était ainsi que Mauro Salina ouvrait toujours les festivités. Puis, le vampire levait sa coupe, balayait la foule des convives d’un regard perçant, et plongeait ses lèvres dans le sang sous les applaudissements enthousiastes.
Penchée à la fenêtre de sa chambre, Automne contemplait une dernière fois le paysage nu de l’Andalousie, sa terre rouge au loin, brûlée par le soleil, ligne d’horizon écarlate au-dessus des maigres jardins de la villa Malverde et leurs massifs de fleurs mort-nées. Le soleil était passé par-delà les montagnes depuis plus d’une heure maintenant, mais sa lueur d’or étincelait encore au-dessus des crêtes, lumière d’un jour qu’elle n’expérimenterait jamais plus. La jeune fille soupira. Des bruits de pas montaient depuis l’escalier et se rapprochaient à travers le dédale de couloirs. On venait la chercher.
Angèle frappa trois coups à la porte et ouvrit.
« Etes-vous prête mademoiselle ? »
Automne hocha la tête en signe d’acquiescement et s’arracha de la fenêtre à regret. On ne faisait pas attendre Mauro Salina.
Les premières notes de musique classique s’élevèrent, suivies de la rumeur aiguë des pas sur le parquet ciré de la salle de réception. Le ballet commençait.
La jeune fille inspira profondément puis entra dans la salle de réception sous les regards curieux et oppressants de la foule, ces regards aux pupilles énormes cerclées de jaune, brillant de l’éclat terrible du sang. La fontaine au fond de la pièce distribuait les derniers grands crus de l’année, un dernier festin, une dernière rasade avant de fermer les portes de la villa Malverde pour le siècle à venir. C’était ainsi que Mauro Salina articulait sa vie, alternant un siècle à Paris, un autre à Almeria, attendant de n’être plus qu’une ombre dans les esprits pour faire son retour et reprendre ses singulières habitudes nocturnes.
Un serveur s’approcha, enroulé dans une longue cape vert et pourpre, la tenue traditionnelle imposée par Mauro au personnel de ses demeures. Automne refusa d’un geste discret de la main. Les réunions du Cercles ne répondaient pas aux règles ordinaires. C’était du sang humain que l’on servait ces nuits-là, qui plus est du sang fraîchement tiré. La jeune fille n’était pas coutumière de ces pratiques. Seul le sang animal trouvait grâce à ses yeux, au grand dam de Mauro, peiné de voir son unique descendance être la risée des autres vampires. Les mains vides, Automne alla s’asseoir dans l’un des petits fauteuils de velours rouges disposés autour de la piste et ferma les yeux un instant pour mieux lutter contre l’irrésistible envie de goûter au sang humain. C’était peut-être pour cela qu’elle s’y était toujours refusée. Elle ne voulait pas succomber à l’ignoble soif dans laquelle le peu d’humanité qu’il restait aux vampires se perdait tôt ou tard, pour les réduire au rang de bêtes sanguinaires.
« M’accorderez-vous cette danse, très chère ? demanda soudain Symus Morton de sa petite voix, une voix suave et délicate, semblable à celle d’un enfant malgré une vie longue de quatre siècles et l’apparence d’un vieillard.
Automne leva les yeux sur sa silhouette maigre et courbée, et s’attarda un instant sur son visage si lisse qu’il semblait prêt à disparaître d’un instant à l’autre sous sa chair blanche.
– Bien sûr, » répondit-elle enfin, malgré la nausée que lui inspirait le vieux vampire ; la fille de Mauro Salina se devait de cultiver les bonnes manières et d’entretenir les affinités.
Symus lui tendit une main galante qu’elle saisit à contre cœur. Debout, un léger vertige la fit vaciller, le sang l’appelait avec une telle ardeur. Mais déjà le vieillard l’entraînait sur la piste dans un tourbillon pour une valse endiablée.
Assis dans son énorme fauteuil en chêne, trônant au fond de la salle, Mauro les regardait, un sourire satisfait à ses lèvres rouges. Finalement, peut-être qu’Automne deviendrait une vampiresse digne de son nom. Après tout, ce ne devait pas être aisé de porter et d’entretenir cinq cent ans de réputation durement forgée à travers les âges, les conquêtes et le sang. Il laissa échapper un petit rire amusé, voilà qu’il manifestait un semblant d’indulgence.
Le front humide, légèrement fiévreuse, Automne attendait impatiemment la fin du morceau pour s’arracher à l’éteinte du répugnant Symus Morton et de ses mains décharnées.
Lorsque le traditionnel bal fut consommé et que les ventres furent repus, la musique s’arrêta et Mauro se leva, faisant silence sur la salle. C’était l’heure de la réunion du grand conseil, aussi appelé le Cercle. Les membres s’amassèrent près de la porte avant de s’engouffrer à la suite du maître pour aller prendre place dans la bibliothèque à l’étage. Le Cercle n’était constitué que de treize membres éminents de la société vampire. Les autres convives, eux, restaient sur le seuil des confidences et noyaient leur amertume dans les délices sanglants et autres activités proposées par la maison ces nuits-là. Il fallait que la fête continue, toujours. On ne tenait une société vampire que par la luxure et l’abondance sans cesse renouvelée de celle-ci. Mauro Salina l’avait compris depuis longtemps, et c’était sans doute grâce à cela qu’il s’était hissé au sommet de l’échelle sociale et régnait désormais en maître sur les vampires de France et d’Espagne.
Comme à chaque réunion depuis qu’elle était à ses côtés, Mauro fit installer un quatorzième siège pour Automne. La jeune fille n’éprouvait aucune attirance pour ces longues réunions, pâle reflet de la société humaine, la barbarie en plus. Ici, on lavait les consciences en établissant des lois visant à soulager chacun de son fardeau. Si l’on avait le droit de tuer un humain en toute impunité, cela n’en demeurait pas moins réglementé, un quota d’abattage pour chaque département, des horaires de chasse strictes, des obligations diverses, telles que nettoyer la scène du crime et faire disparaître les restes. Tant d’obligations que les vampires préféraient désormais charmer leur proie et lui soutirer quelques litres de sang plutôt que de la vider jusqu’à la mort. Mais c’étaient les lois sur la conservation et le développement des traditions que la jeune fille exécrait le plus. Toutes ces mises en scène, ces robes et costumes d’époque, ces chapeaux haut-de-forme et ces montres à gousset, ces décorations figées depuis près d’un millénaire. Une époque enterrée, sauf que le défunt, lui, se retournait dans sa tombe.
Mais cette nuit, on délaissa les mesures stratégiques et la législation : le grand Mauro Salina quittait Almeria.
La sulfureuse Dafnée, un siècle d’âge sous la beauté de ses trente ans, profita de l’occasion pour tenter une nouvelle fois de s’attirer les faveurs du roi. Une main lascive sur son cou généreusement poudré, ses cheveux blonds relevés en un opulent chignon bouclé, la bouche en cœur, un cœur écarlate et pulpeux, la vampiresse battait des cils en usant d’humour et de finesse pour décrocher une réaction à l’inaccessible souverain. Automne, bien droite sur son siège, impassible, se demandait comme à chaque fois pourquoi son père ne cédait pas aux avances de la belle. Puis elle tourna la tête et arrêta un regard délicat sur Luke, assis à la droite de Symus Morton. Elle ignorait encore si le jeune vampire pourtant de soixante-dix ans son ainé partirait avec eux pour la France.
« Bien, mes très chers amis, je déclare la séance levée. Il me faut m’assurer des derniers détails du voyage. A présent, buvez, dansez, et ne regardez pas trop ma magnifique fille, » déclara Mauro en se levant, le visage radieux.
Automne, elle, avait baissé les yeux, embarrassée. Bien sûr qu’ils allaient la regarder, ils la regardaient toujours. Plus blanche que la neige qu’elle était, une qualité recherchée dans l’esprit esthète des vampires, le summum de la noblesse et de la grâce.
La musique reprit dans le salon, et les hors-d’œuvre firent leur entrée. Deux humains en tenues légères dansaient à l’intérieur d’une cage dorée que l’on déposa dans un coin de la salle sous le regard fasciné et vorace des convives. Aucune peur sur le visage de l’homme et de la femme, privilégiés qu’ils étaient d’accéder, l’espace de quelques heures, au monde de la nuit. C’était de promesse, qu’ils étaient payés pour leurs services. Si leur âme n’était pas en paix, s’ils estimaient n’avoir pas réalisé leur œuvre sur terre, alors la mort ne serait qu’une transition vers le vampirisme. Mais s’ils ne s’avéraient pas assez en peine, alors ce serait la mort ultime pour eux. Automne les observait du coin de l’œil, une moue désolée sur le visage. Elle ne les plaignait pas, non, c’était du dégoût qu’elle éprouvait. Elle aurait donné sans hésiter son éternité de vampire contre une brève vie humaine et voilà que ceux-là sacrifiaient la leur par jeu de quitte ou double.
« Ainsi n’êtes-vous pas encore satisfaite de votre condition, déclara la voix familière de Luke.
La jeune fille se retourna, les joues légèrement roses sous son inégalable pâleur.
– Pas encore, souffla-t-elle, un peu triste.
– J’espère que Mauro ne m’en voudra pas trop de vous regardez d’aussi près, reprit le jeune homme en s’asseyant à ses côtés.
– Il est bien trop occupé, croyez-moi, dit Automne dans un sourire.
– Il est fier vous savez, observa-t-il en la dévisageant de ses yeux verts ; les effets du sang s’estompaient dans son regard.
– Vous joindrez-vous à nous à Paris ? interrogea-t-elle soudain.
– Je m’en voudrais de laisser encore une seule fois ce vieux rat de Symus Morton poser les mains sur vous, répondit-il en souriant à son tour.
La jeune fille soupira. Autour d’eux, l’effervescence grandissait. On amenait les clés de la cage.
Mauro apparut soudain au milieu de la foule, sorti de nulle part. Les cris se muèrent en murmures, on attendait l’accord du maître pour commencer les festivités. Le vampire retira son chapeau haut-de-forme et le porta à sa poitrine d’un geste solennel, s’inclinant légèrement.
« Puisse ce présent vous signifier toute ma gratitude. Une gorgée par tête je vous prie, dans le calme, » déclara-t-il avant de s’avancer pour saisir les clés dans le coffret présenté par un jeune serveur un peu fluet.
Mauro souleva le trousseau sous les acclamations, entretenant le spectacle. Il avança lentement la main jusqu’au verrou et enfonça la première clé dans la plus grosse des deux serrures, avant de la tourner dans la même retenue. L’excitation, presque douloureuse, se lisait sur chaque visage de l’assemblée. Lorsque la seconde clé tourna, une vague de soupirs s’éleva dans la foule déjà séparée en deux files distinctes, une pour chaque offrande.
Mauro laissa à ses convives l’honneur de la première morsure. Les serveurs auraient du fil à retordre cette nuit pour rationner les convives. Les deux humains furent priés de prendre place sur les deux sofas dédiés à cet effet, puis on sonna la cloche. Dafnée et Lara Marks, les lèvres gonflées sur leurs canines acérées, ouvrirent le festin en mordant chacune leur proie dans le creux du poignet. Il ne fallait pas risquer l’hémorragie.
Automne s’était levée. Les lèvres entrouvertes, elle regardait tour à tour l’homme et la femme dont les visages se tordaient un peu plus à chaque morsure. Bientôt, la couleur de leurs joues s’évanouit et les premiers signes de l’exsanguination apparurent. La tête leur tournait, leur vision se brouillait et leurs paupières, lourdes, frémissaient doucement, luttant contre le dangereux sommeil qui les guettait.
« Vous n’y allez pas ? intervint la jeune fille en se tournant vers Luke, toujours à ses côtés.
– Je leur laisse ce plaisir, ne croyez pas que nous soyons tous des bêtes, dit-il d’un ton calme.
– Je ne le crois pas, » déclara Automne en grimaçant, la femme venait de perdre connaissance.
Lorsque les cinquante invités eurent goûté au précieux nectar, Mauro s’approcha des corps et, après un bref examen, déclara la mort primaire des deux humains. La foule, elle, s’était laissée retomber sur les fauteuils, rassasiée, se délectant encore des relents douceâtres du sang dans la bouche. Le spectacle s’achevait toujours dans la torpeur générale, mais chacun n’en attendait pas moins le moment crucial, celui de la mort véritable ou de la métamorphose. Allaient-ils compter une paire de crocs de plus cette nuit là ?
De longues minutes s’écoulèrent. Soudain, un cri de corbeau déchira le silence, arrachant un sursaut à l’assemblée. La femme avait ouvert les yeux. Les visages s’éclairèrent, Mauro afficha un large sourire, un nouveau soldat rejoignait les rangs. Le roi s’avança sous les regards curieux et inquiets. Chacun retenait son souffle, un jeune vampire n’était pas toujours facile à contenir. D’une main galante, il saisit le poignet de la femme et l’aida à se redresser. Deux petits crocs aiguisés pointaient déjà sur sa mâchoire supérieure, s’enfonçant dans sa chair encore anesthésiée par l’exsanguination. Ses pupilles dilatées, cerclées de jaune, réclamaient du sang.
« Qu’on apporte à boire ! ordonna Mauro sans détacher son regard de sa nouvelle recrue.
Un serveur se précipita au buffet pour en tirer une généreuse coupe.
– Buvez, n’ayez crainte, déclara le roi. Après, vous me direz quel est votre nom.
La femme se mit à trembler à la vue du sang mais ses crocs s’allongèrent subitement et elle n’eut d’autre choix que de se jeter sur la coupe qu’elle vida d’une traite, brisant le verre entre ses doigts glacés.
– Bien, bien, vous avez bon appétit, se satisfit Mauro. Maintenant présentez-vous, je vous prie.
– Je… Je m’appelle Chantelle Ramos… souffla la nouvelle vampiresse, encore agitée de violents spasmes.
Le roi se redressa, un sourire aux lèvres, et se tourna vers ses convives :
– Mes très chers amis, j’ai l’honneur et le plaisir de vous présenter mademoiselle Chantelle Ramos. Faites-lui bon accueil. Et n’oubliez pas : les liens du sang sont indéfectibles.
Une vague d’applaudissements parcourut la foule aussitôt suivie de la rumeur assourdissante des bavardages. Déjà la silhouette tremblante de Chantelle Ramos se perdait dans la masse.
– On dirait que Mauro n’est pas insensible au charme de la nouvelle, observa Luke à voix basse.
– Pauvre Dafnée, elle qui s’est donné tant de mal, renchérit Automne d’un ton voilé de tristesse.
– Si nous allions prendre l’air un moment ? » proposa le garçon en reculant déjà vers les lourdes portes en bois.
La jeune fille acquiesça d’un signe de la tête et s’engouffra à sa suite.
Dehors, l’air était délicieusement tiède en cette fin d’été. La chaleur du soleil émanait encore de la terre humide de trois jours de pluie. Une lune énorme et pleine rougeoyait singulièrement au-dessus des crêtes, attirée elle aussi par le sang. Ses rayons baignaient le jardin d’une lueur irréelle, comme si tout cela n’était qu’un rêve. Un rêve d’une violence inouïe.
La terrasse, immense, donnait sur l’allée principale, une vaste allée pavée menant tout droit aux imposantes grilles de fer du portail où deux gardes se tenaient adossés aux piliers, sirotant patiemment un fond de coupe. Au pied des marches de la terrasse, l’allée centrale s’ouvrait sur deux plus petites allées pour les jardins, lesquelles serpentaient dans l’obscurité de la nuit, éclairées à la lumière diffuse d’une multitude de lanternes blanches. Le parc était désert à cet instant, la foule bien trop occupée à satisfaire sa soif de curiosité auprès de la nouvelle recrue.
Ils marchèrent jusqu’au bassin derrière la maison et s’assirent sur le rebord de marbre blanc. Le visage éclairé par la lune, Luke ressemblait à l’archétype du vampire moderne, des cheveux bruns, impeccablement plaqués sur le côté, des yeux d’un vert d’eau sous les reflets jaunes et tenaces du sang consommé, des traits d’une grande finesse à la symétrie parfaite, juste ce qu’il fallait de pâleur pour lui donner cet air romantique qui avait fait la gloire de l’espèce. Mais cette nuit, son air triste ne tenait pas seulement à son charme. Automne retenait son souffle, espérant au fond d’elle qu’il ne s’agissait là que d’un stupide pressentiment.
Le jeune vampire osa une main sur la sienne et baissa les yeux, l’air affecté.
« Je partirai avec vous et les autres toute à l’heure, annonça-t-il.
– C’est une merveilleuse nouvelle, s’enthousiasma la jeune fille ; mais l’expression sur le visage du garçon n’avait pas changé.
– Sans doute savez-vous que le mariage vampire est… comme dirait Mauro… quasiment indéfectible ? reprit-il avec embarras.
– Etes-vous… ? s’enquit Automne en ouvrant de grands yeux, jamais elle n’avait envisagé cette possibilité.
– Elle se trouve à Paris. Nos rapports se sont quelque peu détériorés au fil des âges, mais je reste sien, expliqua-t-il en secouant la tête, désolé.
– Pourquoi vous êtes vous donné la peine de… ?
– Vous savez pourquoi, coupa Luke.
La jeune fille sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Oui, elle savait pourquoi, même si elle ignorait jusqu’à présent que lui aussi. Malgré la pudeur naturelle qui l’habitait, elle resserra l’étreinte de ses doigts sur les siens.
– Puisse un jour notre monde évoluer. Pardonnez-moi, » s’excusa Luke avant de se lever.
Automne le regarda partir sans un mot. Ni lui ni elle n’avait le choix.
La jeune fille s’étendit sur le rebord de la fontaine, bercée par le bruit de l’eau, le regard posé sur cette lune énorme, plus rouge que jamais. Elle comprenait à présent pourquoi Mauro avait choisi de passer son éternité à la Malverde. Tout ici semblait baigné de sang à la nuit tombée. Le ciel se faisait flammes et les terres s’embrasaient, tout jusqu’aux étoiles portait le voile maudit du rouge. Même elle, dont le visage et le cou à cet instant portaient l’empreinte sanglante de la lune. Tout ce qu’elle espérait à présent, c’était que Paris ne brille pas du même éclat.
La villa se vida peu avant l’aube. Ne resta, confortablement installés dans le salon, que les membres du Conseil et la pauvre Chantelle, déboussolée, qui s’arrachait les verres sales en quête d’une dernière goutte de sang. La fontaine disposée sur le buffet était vide, son métal luisait sous la lumière jaune des lustres. La jeune vampiresse en avait léché la moindre trace sous les regards amusés des convives et de Mauro.
De retour dans sa chambre, Automne jeta un dernier coup d’œil par la fenêtre, à l’instant où la lune passait derrière les montagnes, avant de fermer les volets pour le siècle à venir. La jeune fille s’assura de n’avoir rien oublié, puis descendit rejoindre les autres dans le salon. La ferveur de la fête était retombée. Les effets du sang s’estompaient et chacun conservait le silence, mélange de nostalgie et d’inquiétude propre à tous les grands départs.
A sa grande surprise, Luke ne chercha pas à l’éviter. Assis au fond de la salle entre la délicieuse Dafnée et le très respecté Richard Kraul, le garçon la regardait, d’un regard sincère et profond… profondément désolé. Elle lui rendit son regard un instant puis se leva et quitta la pièce pour traverser le vaste hall d’entrée et sortir sur la terrasse. Debout au pied des marches, Mauro contemplait l’imposante façade de la Malverde, ses lanternes anciennes découpées sur la blancheur crayeuse de son crépi, son nom inscrit en fer forgé juste au-dessus de la porte, là où autrefois quelque plante avait grimpé et laissé ses restes consumés qu’il avait pris à cœur de conserver, peut-être pour mieux se rappeler à lui-même que s’il était le roi du monde de la nuit, il n’était pas invincible. Automne s’approcha et vint se tenir à ses côtés, silencieuse. Le comte Salina n’était pas un mauvais homme, simplement un homme de pouvoir. Le vampire soupira puis déposa un léger baiser sur le front pâle de la jeune fille. Il était temps.
Le personnel porta les bagages sur la terrasse avant de les répartir dans les cinq voitures rangées dans l’allée centrale. Automne voyagerait en tête dans la voiture de Mauro, en compagnie de Richard Kraul et Louis Le Gall, les deux plus anciens compagnons du roi, vampires aussi estimés que redoutés.
Le convoi se mit en route aux premières lueurs de l’aube, abandonnant la Malverde aux fantômes des fêtes passées pour rouler en direction de l’aéroport où un avion privé attendait.
Installée à bord de l’appareil, le nez collé au hublot, Automne accusait tant bien que mal le coup du sommeil, profitant presque clandestinement du lever du soleil qui se profilait au loin. Puis les rideaux tombèrent et l’avion décolla. Cap sur la France.

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